L'actu du vin

Interview d’un avinturier

Jean-Baptiste Ancelot est le fondateur de Wine Explorers, à 32 ans il s’est fixé comme objectif d’être le premier globe-trotter à visiter l’ensemble des pays producteurs de vin dans le monde !


Par Vincent Pham
01/04/2018, 05:42

Quel est le concept de Wine Explorers ? Comment vous est venue cette idée ?

Après un MBA dans le commerce du vin et quelques expériences dans l’export à l’étranger (Zurich, Hong Kong, New York), je me suis rendu compte que le monde du vin était encore largement méconnu, avec la moitié des pays producteurs dont personne ne parlait, pas même dans les atlas sur le sujet. Pourquoi ? Mystère... C’est ce qui m’a donné l’envie de parcourir la planète vin dans son ensemble, en dehors des sentiers battus, pour découvrir un autre visage du vin, de nouveaux terroirs, et par-dessus tout, des vignerons passionnés. Wine Explorers est né en 2014, avec pour objectif premier de voyager quatre ans dans plus de 90 pays viticoles. Nous sommes aujourd’hui en Équateur, pays no 65.

D’où vous vient cette passion pour le vin ?

De ma mère. Une cuisinière incroyable, qui nous a appris depuis l’enfance à aimer les bonnes choses, puis à l’adolescence, à apprécier un verre de vin lors d’occasions spéciales. Je me souviendrai toujours de mon premier vin, un Gewürztraminer Vendanges Tardives, qui a accompagné le foie gras maison cuisiné à Noël.

Après avoir visité tant de pays, quelle est votre vision du clivage vins du Nouveau Monde vs Ancien Monde ?

Aucun clivage n’existe entre ce que l’on a souvent appelé « nouveau » et « ancien » monde, bien au contraire. La définition en est même très floue. Il y a de la place pour chaque pays producteur sur nos tables, qu’il ait 6000 ans d’histoire ou moins de 20 ans d’existence. Par exemple, des pays comme le Chili, l’Argentine ou encore l’Australie, longtemps considérés comme appartenant au Nouveau Monde, sont désormais fortement ancrés dans le paysage viticole mondial et n’ont plus rien de nouveau. Ce qu’il est important de constater, c’est l’évolution de la carte viticole mondiale, avec l’émergence de nombreux acteurs ces dernières années, comme le Danemark, l’Équateur ou encore la République dominicaine. Et dans le même temps, l’intérêt grandissant pour des vins comme ceux élevés en amphore en Géorgie, les rieslings de la République tchèque ou encore les merveilleux cépages autochtones du pourtour méditerranéen, pour ne citer qu’eux. Le monde du vin est un merveilleux patchwork.

La tendance bio ou vers des techniques plus respectueuses de l’environnement, c’est une réalité qu’on retrouve partout ?

Il est fondamental de revenir à des pratiques agricoles raisonnées et respectueuses de l’environnement. Pour le bien de notre planète. De plus en plus de vignerons en prennent conscience et font l’effort de revenir à ces pratiques, aux quatre coins du monde. Et j’espère que la tendance va continuer à croître dans le futur. L’enjeu est capital. Mais cela reste trop peu. La prise de conscience doit être collective. Et cela passera avant tout par un réveil des grandes structures viticoles, beaucoup plus difficiles à convaincre et moins malléables. C’est d’abord là que doit se faire le travail.

Le pays qui vous a le plus étonné par sa production viticole ou ses techniques ?

Nombreux sont les pays – et avant tout, les vignerons ! – qui nous surprennent chaque jour : depuis la Suède, avec son ensoleillement faible, à la Colombie et son rayonnement UV six fois supérieur à la normale, en passant par Bali et ses trois vendanges par an, la Palestine, où une poignée de vignerons courageux tentent l’impensable, ou encore la Jordanie, le Mexique et la Namibie, où l’on voit de la vigne pousser dans le désert. Le monde regorge de belles surprises et nous a montré, s’il en était besoin, que l’on peut faire de bons vins un peu partout ; tant que l’on maîtrise la viticulture, que l’on a la connaissance du terroir et que l’on possède l’équipement adapté, bien sûr.

Quel est votre pire souvenir ?

Un trajet en bus entre Lima, au Pérou, et La Paz, en Bolivie : 36 heures d’enfer avec un chauffeur qui prenait son bus pour une F1. À l’arrivée à La Paz, à 3600 mètres d’altitude, je suis resté couché deux jours.

Avez-vous une anecdote drôle à nous raconter ?

Le jour où j’ai découvert par accident l’existence du seul domaine viticole du Venezuela : une amie vigneronne en Thaïlande qui connaissait le directeur, et qui m’avait elle-même été présentée deux ans plus tôt par une amie vigneronne espagnole travaillant pour un domaine au Mexique. C’est ça aussi, la beauté et la richesse du monde du vin.

Comment se déroule la collaboration avec votre équipe ?

Je travaille actuellement avec un ami photographe, Brice Garcin, qui m’accompagne en 2018 sur les routes du monde pour mettre le projet en images.

Notre sélection « Vins du monde » propose des vins d’Argentine, du Chili, d’Espagne, d’Australie et de Californie : ça vous inspire un commentaire ?

C’est un très bon début ! Proposer des vins étrangers ne signifie pas que l’on renie les vins français, bien au contraire. C’est tout simplement un complément de gamme, incontournable aujourd’hui, qui apporte encore plus de diversité à ceux qui ont un jour voyagé dans ces différents endroits du monde, ou aux très nombreux curieux qui ont envie d’encore plus d’évasion !

Quels sont vos projets ?

Nous sommes en train de préparer plusieurs projets de livres pour l’an prochain, ainsi que des documentaires. Une aventure à suivre dès à présent sur notre site : www.wine-explorers.net.


Error